Du 15 au 18 octobre prochain, le Grand Raid de la Réunion vivra sa 34e édition. Bien avant la mode de l’ultra-trail, l’épreuve a écrit sa légende sur les sentiers tortueux de l’Ile Intense. Son terrain, son ambiance, son atmosphère en font une épreuve à part, sur laquelle des milliers de trailers jettent leur dévolu, et se cassent les dents, parfois, avant d’y revenir, souvent, et de la conquérir. Plongée dans l’histoire de ce monument outremarin, qu’il faut avoir coché au moins une fois dans sa vie de trailer…
Le Grand Raid de la Réunion est sans nul doute l’un des événements d’ultra-trail les plus mythiques du calendrier, de par ses spécificités, son ambiance incomparable, et le niveau de difficulté des cinq courses qui le composent. La plus connue et redoutée d’entre elles est la Diagonale des Fous, qui traverse l’île du Sud au Nord, sur environ 100 miles, selon les éditions. Cette année, elle est annoncée à 180 km pour 10 200 m D+. Et reste une fête malgré les difficultés.
Un événement inspiré par le Cross du Mont Blanc
Cet évènement est né de l’initiative de Jean-Jacques Mollaret, ancien gendarme du peloton de haute montagne de Chamonix (PGHM). Installé sur l’île depuis plusieurs années, il s’inspire alors du Cross du Mont-Blanc pour lancer le Cross du Piton des Neiges, en 1988, première course de montagne à la Réunion.
Persuadé qu’on peut aller plus loin et traverser l’île de part en part, il met sur pied, avec des amis et après des reconnaissances sur le parcours qui emprunte des sentiers du GRR2 (sentier de Grande Randonnée R2), la Marche des Cimes, en 1989 ; c’est une traversée de l’île de La Réunion dans son intégralité. 500 coureurs effectuent ces 112 km et 5400 m D+. Un an plus tard, l’épreuve change de nom pour devenir la Grande Traversée (126 km – 5000 m D+), avec quasiment le double de coureurs. En 1993, la course devient la Course de la Pleine Lune (129 km – 6600 m D+). Moins de 450 coureurs prennent le départ. En 1994, elle prend son nom définitif de Grand Raid (130 km – 6900 m D+). Un journaliste la surnomme alors la « Diagonale des fous », un surnom qui restera pour l’éternité, et qui souligne bien la difficulté de l’épreuve.
Un parcours ultra-exigeant et ultra-technique
Le terrain de l’île de la Réunion est en effet très spécifique aux lieux et n’a rien à voir avec le terrain roulant qu’on trouve sur l’UTMB Mont-Blanc, par exemple. Les sentiers y sont jonchés de racines, de cailloux, de pavés, de marches irrégulières, taillées dans la terre ou dans la roche. Sur ce parcours, on dit souvent qu’on va plus vite en montée qu’en descente. À cela s’ajoutent les microclimats qui font qu’en 200 mètres de dénivelé, on peut passer d’une sensation de chaleur étouffante à un froid saisissant, parfois entrecoupé d’un intense brouillard.
Dans ces conditions changeantes, le corps est mis à rude épreuve, et pas seulement par le relief acéré. Heureusement, les coureurs engagés dans cet enfer peuvent bénéficier du soutien incroyable et indescriptible de la population locale qui a fait du Grand Raid, au fil des ans, un patrimoine de l’île. Au moindre recoin de sentier, les habitants sont là pour vous encourager, semblant parfois sortir de nulle part.
Sans bâtons, non sans peine
Pour y triompher, ou même simplement en être finisher, quelques précautions sont à prendre. Il faut déjà composer avec cette chaleur humide très écrasante, qui limite l’effort et oblige à aller moins vite. Dès qu’on entre dans les cirques, les pentes sont plus raides, glissantes, souvent remplies de racines, de cailloux ou d’autres éléments perturbateurs qui nécessitent d’être toujours très vigilants, surtout en descente. Sans oublier que sur les épreuves réunionnaises, les bâtons sont proscrits (pour la préservation des chemins), un élément fondamental à prendre en compte dans sa préparation.
Travailler les relances peut être intéressant aussi, pour avoir la capacité à repasser en mode « course » dans les portions où le terrain le permet. Faire du raide, du technique, du long, … sous la chaleur, résumé bien le mode de préparation à suivre si ‘ton veut survivre à la Diagonale des Fous. Le GR20 en plein été par exemple, peut-être une excellente préparation à cette course, tout comme les pentes pyrénéennes ou celles du Beaufortain, mais aussi les sentes du massif du Caroux, que connaît par coeur Antoine Guillon, l’une des figures du Grand Raid, avec sa victoire en 2015 et ses sept podiums.
De la domination locale aux plus grandes stars internationales
Le palmarès du Grand Raid est d’ailleurs éloquent, et montre que l’épreuve, si spécifique, fut longtemps une chasse gardée des coureurs locaux, habitués du terrain si piégeux et si typique.
Gilles Trousselier (deux victoires), Jean Philippe Marie-Louise (quatre victoires), Patrick Maffre (trois victoires), Paul-Cléo Libelle (deux victoires), Richeville Esparon (deux victoires), Thierry Techer (deux victoires), Thierry Chambry, Pascal Parny (deux victoires), tous des locaux, ont dominé les vingt premières éditions de la Diagonale des Fous, avant que les « pros » du trail moderne ne viennent conquérir l’île à la fin des des années 2000.
Julien Chorier (deux victoires), Kilian Jornet (deux victoires), Benoît Girondel (deux victoires), François d’Haene (quatre victoires) font partie de ceux-là. Ludovic Pommeret, Aurélien Dunand-Pallaz, Benat Marmissolle, Mathieu Blanchard, et Baptiste Chassagne les ont rejoints au palmarès, depuis.
Chez les dames, les héroïnes Corinne Favre (trois victoires), Karine Herry (deux victoires), Nathalie Mauclair (deux victoires), Andrea Huser (deux victoires), Emilie Lecomte (deux victoires) Jocelyne Pauly, Emilie Maroteaux, Manon Bohard, Blandine l’Hirondel, et les Américaines Katie Schide et Courtney Dauwalter n’ont pas encore pu éclipser dans le cœur des Réunionnais l’incroyable Marcelle Puy, l’icône locale, vainqueur à cinq reprises de l’évènement.
Cinq formats de courses pour tous les profils
Le Grand Raid de La Réunion s’organise aujourd’hui sur cinq formats de courses, pensés pour tous les niveaux, de la grande Diagonale pour les plus experts, à la Mascareignes, en passant par le relais Zembrocal Trail ou le Métis Trail, apparu au calendrier en 2024.
Le Grand Raid : 180 km / 10 200 m D +
Son tracé évolue quasiment tous les ans, au gré des envies des organisateurs, ou des contraintes écologiques, ou de circulation, par exemple. Cette année, les fans de la Diag’ ont vécu presque un traumatisme, avec la suppression du passage dans le cirque de Cilaos, en raison de contraintes routières, notamment autour du tunnel de la Gueule Rouge. Un changement de taille pour les habitués. Salazie et Hell-Bourg, deviennent désormais des points centraux de l’épreuve, qui devient en 2026 la plus longue de l’histoire.
Après avoir grimpé le terrible Coteau Kerveguen, les coureurs ne descendront plus vers Le Bloc et Cilaos. Ils bifurqueront vers l'est, via le Cap Anglais, pour plonger dans le cirque humide de Salazie.
Puis ils remonteront vers la Plaine des Merles pour entrer dans le célèbre et sauvage cirque de Mafate par le Sentier Scout, avant de se diriger vers l’infâme Montée du Maïdo (2000 m D+ en 13km), et de suivre l’habituelle fin de parcours menant au Stade de la Redoute, à Saint Denis, où est jugée l’arrivée.
Le Trail de Bourbon - 106 km / 6200 m D+
Le nom de cette course puise ses racines dans l’histoire profonde de l’île. Baptisée île Bourbon en 1642, elle devient terre de métissage et de luttes, marquée par l’arrivée des colons, des esclaves malgaches, indiens et chinois.
Le Trail de Bourbon conserve son départ de Cilaos, et ses premiers kilomètrs mythiques, avec une montée immédiate par le col du Taïbit. Il connaît un léger changement de parcours dans le cirque de Mafate : après être descendus par le sentier Scout, les trailers passeront par la Plaque, Ilet à Bourse, Grand Place, La Roche Ancrée, Roche Plate, avant de rejoindre le pied du Maïdo, la base de vie d’Ilet Savannah, le passage par le Chemin des Anglais et l'arrivée finale à La Redoute.
La Mascareignes – 74 km / 3800 m de D+
Débutant à Hell-Bourg, le tracé sort du cirque de Salazie par le Sentier Scout et plonge dans le cirque de Mafate. Après avoir traversé ce crique, les traileurs retrouveront la côte et se dirigeront vers l’arrivée qui sera jugée sur le stade de la Redoute à Saint-Denis.
Le Zembrocal Trail – 160 km / 8460 m D+
Cette épreuve en relais à quatre athlètes propose d’effectuer une Traversée de l’île en équipes, et en relais (37 km / 35 km / 49 km / 39 km). S’élançant de la commune de Saint-Joseph, l’épreuve donne un avant-goût de la Diagonale des Fous à ses participants. Le parcours 2026 subit lui-aussi la disparition de la traversée du cirque de Cilaos, et voit sa distance et son dénivelé augmenter, du fait de la modification du tracé.
Métis Trail – 51 km / 2500 m D+
Cette épreuve a vu le jour en 2024, pour rendre l’évènement accessible au plus grand nombre. Entre Saint-Paul et Saint-Denis, ce format offre un avant-goût du Grand Raid aux 700 concurrents retenus suite à un tirage au sort, et une expérience unique au cœur de la splendide île de La Réunion, mettant en lumière des endroits historiques et panoramiques.
Le programme des courses du Grand Raid 2026 (heures locales)
Jeudi 15 octobre à 17h00
Départ du Zembroca Trail (Saint Joseph)
Jeudi 15 octobre à 22h00
Départ de la Diagonale des Fous (Ravine Blanche St Pierre)
Vendredi 16 octobre à 1h00
Départ de la Mascareignes (Hell Bourg)
Vendredi 16 octobre à 20h00
Départ Trail de Bourbon (Cilaos)
Samedi 17 octobre à 6h00
Départ du Metis Trail (Saint Paul)
PALMARÈS DE LA DIAGONALE DES FOUS
Année | Vainqueur Homme | Vainqueur Femme |
1989 | Gilles Trousselier (France) | Marie Thérèse Maussion (France) |
1990 | Gilles Trousselier (France) | Guylène Calpetard (France) |
1991 | Gilles Trousselier & Patrick Maffre (France) | Marie Annick Laudes (France) |
1992 | Jean-Philippe Marie-Louise (France) | Mireille Sery & Thérèse Derolez (France) |
1993 | Patrick Maffre (France) | Régine Étienne (France) |
1994 | Jean-Philippe Marie-Louise (France) | Mireille Sery (France) |
1995 | Jean-Philippe Marie-Louise (France) | Marcelle Puy (France) |
1996 | Jean-Philippe Marie-Louise (France) | Josiane Catois (France) |
1997 | Patrick Maffre (France) | Émilie Coulomb (France) |
1998 | Paul-Cléo Libelle (France) | Corinne Favre (France) |
1999 | Paul-Cléo Libelle (France) | Mireille Sery (France) |
2000 | Thierry Techer & Gilles Diehl (France) | Corinne Favre (France) |
2001 | Pascal Parny (France) | Corinne Favre (France) |
2002 | Thierry Técher (France) | Marcelle Puy (France) |
2003 | Richeville Esparon (France) | Simone Kayser (Pays-Bas) |
2004 | Richeville Esparon (France) | Alexandra Rousset (France) |
2005 | Charles Fontaine (France) | Sandrine Béranger (France) |
2006 | Christophe Jacquerod (Suisse) & Vincent Delebarre (France) | Karine Herry (France) |
2007 | Thierry Chambry (France) | Marcelle Puy (France) |
2008 | Pascal Parny (France) | Marcelle Puy (France) |
2009 | Julien Chorier (France) | Emilie Lecomte (France) |
2010 | Kilian Jornet (Espagne) | Marcelle Puy (France) |
2011 | Julien Chorier (France) | Karine Herry (France) |
2012 | Kilian Jornet (Espagne) | Emilie Lecomte (France) |
2013 | François D'Haene (France) | Nathalie Mauclair (France) |
2014 | François D'Haene (France) | Nathalie Mauclair (France) |
2015 | Antoine Guillon (France) | Nuria Picas (Espagne) |
2016 | François D'Haene (France) | Andrea Huser (Suisse) |
2017 | Benoît Girondel (France) | Andrea Huser (Suisse) |
2018 | François D’Haene (France) & Benoît Girondel (France) | Jocelyne Pauly (France) |
2019 | Grégoire Curmer (France) | Sabrina Stanley (USA) |
2020 | Annulé Covid | Annulé Covid |
2021 | Ludovic Pommeret (France) & Daniel Jung (Italie) | Emilie Maroteuax (France) |
2022 | Benat Marmissolle (France) | Courtney Dauwalter (USA) |
2023 | Aurélien Dunand-Pallaz (France) | Katie Schide (USA) |
2024 | Mathieu Blanchard (France) | Manon Bohard (France) |
2025 | Baptiste Chassagne (France) | Blandine L’Hirondel (France) |