UTMB 2026 : Ben Dhiman vainqueur d’une édition supersonique, Blandine L'Hirondel héroïque
L’Américain Ben Dhiman (Asics), deuxième de l’UTMB 2025, a réussi son pari de remporter l’épreuve référence du trail mondial cette année, en explosant littéralement la barre des 19 heures (18h16’29), sur ce parcours mesuré à 174 km et 9700 m D+. Soit près de une heure trente minutes de mieux que son temps de l’an dernier, sur un parcours strictement identique. Le Français Baptiste Chassagne (On) termine deuxième et brise lui-aussi cette barre des 19 heures (18h47’38), et sauve sa place pour 45 secondes, face à un autre Américain, Caleb Olson (Nike), troisième en 18h48’24. Quant à la Française Blandine L'HIrondel (Kiprun), elle vient compléter son immense palmarès par une victoire acquise jusqu'au bout de la souffrance.
« Quand j’ai un objectif en tête, je fais tout pour l’atteindre ». Ben Dhiman (Asics) nous avait fait preuve de sa détermination sans faille dans l’interview qu’il nous avait accordée avant cet UTMB. Le genre de punchline toujours facile à sortir, mais tellement compliquée à mettre en œuvre, sur le terrain. Sauf que le longiligne américain, bourreau de travail à l’entraînement, a parfaitement conclu, aujourd’hui, un travail entamé il y a quatre ans pour venir à bout de l’UTMB. Après deux abandons en 2023 et 2024, une deuxième place l’an dernier, Ben Dhiman n’a jamais désespéré et a continué de travailler comme un fou, avec des mois à plus de 200 heures, et aura été récompensé dans les grandes largeurs.
Je me suis demandé : Est-ce que je ralentis pour attendre un peu de monde, ou est-ce que je tente le tout pour le tout ?
Peu de monde s’imaginait néanmoins que la barre des 19 heures allait voler en éclat de la sorte sous les coups de boutoir de l’Américain. « Je n’ai pas respecté du tout le parcours aujourd’hui » imageait le vainqueur, pour signifier qu’il s’était opposé frontalement aux sentiers et aux obstacles placés sur sa route, tout au long de la nuit, et de la journée. « Je me suis retrouvé tout seul aux Contamines, et cela m’a étonné, poursuivait-il sur la ligne d’arrivée. « Je me suis demandé alors : est-ce que je ralentis pour attendre un peu de monde, ou est-ce que je tente le tout pour le tout ? ». C’est cette dernière option que Dhiman a choisi, et son cavalier seul, risqué car entamé si tôt dans la course, l’a porté au firmament.
Pleine lune et air frais dans une nuit apaisée
Les conditions idéales de course l’auront certainement aidé à réaliser cette performance stratosphérique. L’organisation avait en effet décidé de retarder l’heure de départ de deux heures, pour éviter d’envoyer le peloton de 2500 coureurs sous les pluies orageuses. Si cela a compliqué la logistique, puisque l’arrivée de la CCC devenait concomitante au départ de l’UTMB, reconnaissons que cela a sans doute soulagé les athlètes.
Ben Dhiman a impressionné par sa gestion de course. Sur l’ensemble des ravitaillements de l’UTMB 2026, l’Américain n’a passé que 9 minutes et 23 secondes à l’arrêt. Une statistique qui en dit long sur son efficacité : Ravitailler vite, repartir immédiatement et ne laisser filer aucune seconde. Sur une épreuve aussi longue de 174 km, ces minutes grappillées ont fait une énorme différence à l’arrivée.
Après une pluie fine au départ et sur les premiers kilomètres, la nuit s’est déroulée ensuite sous les meilleurs hospices, et une pleine lune rayonnante. « Ca s’est vu à Courmayeur (km 81,3), où les athlètes sont arrivés beaucoup plus frais que les autres années, et où il y a eu beaucoup moins de défaillances que d’habitude » notait Julien Chorier, Sport Director de l’épreuve. Seul Paul Cornut-Chauvinc (Asics), parmi les grosses cotes du plateau, devra baisser pavillon à la base de vie italienne. « Il faisait frais dans les cols, mais pas froid, et c’était l’idéal pour courir » expliquait Julien Chorier. La neige de l’an dernier, notamment dans le Grand Col Ferret, avait disparu. Autant de facteurs qui ont permis sans doute d’avancer plus vite. Ben Dhiman a par exemple mis 35 minutes de moins que l’an dernier sur la montée du Grand Col Ferret.
Lancé dans un cavalier seul, Dhiman aura réussi à laisser à distance respectable son premier poursuivant, Baptiste Chassagne (On) même s’il n’a jamais réussi à créer un écart rédhibitoire, oscillant entre vingt et trente minutes au gré du parcours. « 20 minutes, ce n’est rien sur un ultra, et j’avais toujours cette crainte que Baptiste ne me revienne dessus ».
J’étais le meilleur des poursuivants
Ce dernier aura été lui-aussi pile à l’heure de son rendez-vous. Sevré d’UTMB l’an dernier après sa deuxième place de 2024, et préférant aller s’aguerrir sur les chemins tortueux de La Réunion, le Combloran avait pour objectif d’améliorer son temps de 2024 (20h22), et de passer sous la barre des 20 heures. Objectif largement atteint, donc, et l’athlète On pouvait savourer cette nouvelle deuxième place comme une petite victoire, tellement Ban Dhiman était injouable ce jour.
Le Français aura néanmoins souffert de bout en bout, comme il l’expliquera à l’arrivée : « Les 30 premières minutes de course, j’ai eu un coup de blues. Je me demandais ce que je faisais là, je manquais d’envie, comme si la préparation avait été trop parfaite ». Heureusement pour lui, l’arrivée à St Gervais, non loin de la maison, l’aura revigoré et vite remis dans le match, au prix d’une belle bagarre personnelle. « Celle-ci, je suis allé la chercher » dira-t-il. « C’était dur de A à Z. Je me suis battu, avec mes armes du jour, je suis fier de m’être accroché et de ne pas avoir lâché, et je finis derrière Ben, qui est mon athlète préféré, pour de vrai. Il m’a bien rousté il y a un an au Ventoux, et il m’en remet une aujourd’hui. Il était le meilleur aujourd’hui, et moi j’étais le meilleur des poursuivants…. ».
Il en aura fallu de quelques secondes pour que Baptiste ne finisse troisième, à cause du finish impressionnant d’un autre Amércain, Caleb Olson (Nike). Le vainqueur de la Western States 2025 aura été toujours dans le coup, et finira par dépasser l’Equatorien Joaquin Lopez dans le dernier tiers de course, pour finir par apercevoir la silhouette de Baptiste Chassagne dans le dernier kilomètre. Une façon pour Olson de vaincre le signe indien sur l’événement UTMB, lui qui n’avait jamais fait mieux que 12e , 13 e et 17e sur la CCC ces trois dernières années.
Deux Américains sur le podium, cinq Français dans le Top 10
A ses trousses, le jeune Virgile Moriset (Asics), 25 ans, a fait état de toute sa classe et de son potentiel pour sa première sur l’UTMB. L’ancien cycliste amateur, remarqué par Asics lors de la SaintéLyon 2024, a parfaitement géré son effort, pour terminer à une très prometteuse quatrième place, en 19h00’23. De quoi oublier ses 3 abandons en quatre courses sur sa saison 2026. Trois autres français figurent dans le Top 10, avec le Pyrénéen Gautier Bonnecarrère (La Sportiva) à la septième place, Antoine Charvolin (On) à la huitième place pour sa première participation, et l’inévitable boulanger Yannick Noël (Inov8) à la 9e place.
Si les Américains ont mis 20 ans à placer un homme sur la première marche de l’UTMB (Jim Walmsley, en 2023), ils viennent d’en placer un deuxième trois ans après leur premier succès, et même deux sur le podium cette année. Ils semblent désormais capables d’appréhender les spécificités de ce parcours alpin.
Voilà un exemple d’opiniâtreté qui pourrait apporter du baume au cœurs aux grands déçus du jour, tel que Théo Détienne (Brooks), pourtant dans la forme de sa vie à ses dires, et qui devrait terminer, bien loin de ses objectifs, ou encore Vincent Bouillard (Hoka), contraint à l’abandon après 67 km de course. Ce qui fait dire à Julien Chorier que « désormais, à ce niveau de performance, enchaîner deux 100 miles en si peu de temps et vouloir être devant sur les deux semble vraiment délicat », faisant référence à la victoire de Bouillard sur la Western States fin juin. Le GOAT Kilian Jornet est le dernier à avoir réussir cet exploit (doublé Western States + UTMB le même été), et cela remonte déjà à 2011.
Top 10 de l’UTMB - Hommes
Ben Dhiman (USA) en 18h16'29
Baptiste Chassagne (France) en 18h47'38
Caleb Olson (USA) en 18h48'24
Virgile Moriset (France) en 19h00'23
Joaquin Lopez (Équateur) en 19h06'48
Hannes Namberger (Allemagne) en 19h13'51
Gautier Bonnecarrere (France) en 19h23'16
Antoine Charvolin (France) en 19h40'33
Yannick Noël (France) en 19h51'42
Jean-Philippe Tschumi (Suisse) en 19h58'24
Blandine L’Hirondel complète son immense palmarès
La course féminine a réservé une émotion extraordinaire, avec le sacre tant attendu de la Française Blandine L’Hirondel (Kiprun). Championne du monde 2022, vainqueure des deux autres finales de l’UTMB Mont-Blanc (l’OCC en 2021 et la CCC en 2022), vainqueure en 2025 du Grand Raid de la Réunion, il ne lui manquait plus qu’une victoire pour compléter une sorte de Grand Chelem du trail mondial : celle sur l’UTMB, qu’elle avait tout de même terminé à la troisième place en 2023 (elle n’a jamais été sélectionnée pour la Western States ou la Hardrock, les deux monuments du trail américain).
Arrivée blessée à Chamonix (lire notre interview avant le départ), et alors même qu’elle envisageait de mettre un terme à sa carrière après le Grand Raid de La Réunion, Blandine L’Hirondel est allée flirter avec ses limites sur cette édition, avec une fin de course toute en souffrance, la faute à cette artère iliaque qui vient martyriser sa jambe gauche quand l’intensité de course vient à s’élever.
Je ne me sentais pas à ma place en tête de course
Malgré deux chutes dans la dernière descente de La Flégère, la médecin du sport et gynécologue est parvenue au bout de son calvaire, mais aussi de son rêve : remporter l’UTMB au moins une fois dans sa vie, chose qui n’avait plus été faite par une Française depuis 2016 et la victoire de Caroline Chaverot. « Je n’ai plus de forces pour exprimer ma joie et mes remerciements à ce public de zinzin qui m’a accompagnée tout le long » dira dans un souffle Blandine à l’arrivée. « Plus la course avançait, et plus je me demandais ce que je faisais en tête, je ne me sentais pas à ma place » poursuivait celle qui aura toujours affiché un certain manque de confiance en elle, malgré tous ses succès. « Je me disais qu’elles allaient bien finir par me rattraper ». Ce qui n’est, heureusement pour elle, jamais arrivé.
C’était sans doute l’année ou jamais pour Blandine, qui avait vu Ruth Croft (Adidas) rejoindre sa famille en Nouvelle-Zélande les jours précédant le départ, et l’Américaine Courtney Dauwalter (Salomon) abandonner précocement, au Lac Combal (km 67).
Cernée par les Américaines
Les absentes ont toujours tort, et elles n’enlèveront rien à la performance de Blandine L’Hirondel, qui devait faire face à un contingent de coureuses américaines particulièrement affûtées ; la première d’entre elles était Rachel Entrekin (Norda). Elle avait dépassé tous les hommes au printemps, pour remporter au scratch la Cocodona 250. Alors peu de risques que Blandine ne l’effraie… Elle se plaçait très tôt comme la principale opposante à la Française, qui réussissait à la maintenir à une distance respectable, avec une quarantaine de minutes d’avance à Champex-Lac (km 127).
L’autre Américaine Careth Arnold (Altra), elle, semblait accrochée à la troisième place provisoire, avant que sa compatriote Emily Schmitz (Hoka) n’entre en scène, une fois le jour levé, et déloge sa compatriote de la troisième place. Dans la dernière descente de la Flégère, c’était bien Schmitz la plus efficace et rapide, mais le réveil fut peut être un peu trop tardif pour espérer récupérer la deuxième place. Régulière depuis le départ, Rachel Entrekin aura pu conserver un tempo régulier, pour terminer deuxième, à quatre minutes de Blandine L’Hirondel, et avec 1’30 d’avance sur Schmitz.
Top 10 de l’UTMB - Femmes
Blandine L'Hirondel (France) en 21h54'49
Rachel Entrekin (USA) en 22h15'54
Emily Schmitz (USA) en 22h17'28
Careth Arnold (USA) en 23h05'20
Jazmine Lowther (Canada) en 23h21'55
Katarzyna Dombrowska (Pologne) en 23h27'34
Lucy Bartholomew (Australie) en 23h44'29
Antonina Iushina (Bannière neutre) en 23h49'58
Anne Cécile Thévenot (France) en 24h02'00
Anne-Sofie Pollestad (Norvège) en 24h04'56