Interview de Frédéric Tranchand, vainqueur de l’OCC 2026 : « Gagner à Chamonix, ça fait vraiment du bruit »

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Par Luc Beurnaux

Publié le ven. 11 septembre 2026

Mis à jour le ven. 11 septembre 2026

Interview de Frédéric Tranchand, vainqueur de l’OCC 2026 : « Gagner à Chamonix, ça fait vraiment du bruit »

Pour sa première apparition sur un évènement de la semaine UTMB, et sur une course aussi longue, Frédéric Tranchand, champion du monde de trail court 2025, n’a pas fait les choses à moitié en dominant la dernière OCC (60 km et 3500 m D+). Quelques semaines après son coup d’éclat, l'athlète Merrell revient pour mytrails.com sur ce succès retentissant.

Frédéric, comment avez-vous digéré ce titre sur l’OCC ?

C’était un gros objectif de ma saison, voire plus. Donc, déjà, j'étais vraiment satisfait de l’avoir réussi. Et satisfait aussi de la façon dont cela s’est déroulé, en prenant une certaine avance assez tôt, et en la maintenant jusqu’au bout ; ça c’était chouette. Aujourd’hui, je me rends compte de la teneur et de la portée de cette victoire. Pour le milieu du trail, gagner l’une des courses de l’UTMB, c’est vraiment une référence. On atteint un maximum de visibilité, et de retentissement. Ça fait vraiment du bruit, quoi, de gagner à Chamonix. Alors que moi, je place peut-être encore au-dessus mon titre mondial sur trail Court de 2025, même si cela a pu faire moins de bruit.

Quand vous dites « c'était l'un de vos objectifs de votre saison, voire plus ? », qu’est-ce que vous sous-entendez ? Que c’est un objectif de carrière que de gagner l’une des courses de l’UTMB Mont-Blanc ?

Je pense que cocher cet OCC, même sur plusieurs années, c’est un objectif pour tout traileur dans une carrière, oui. J'étais assez prudent avant de m’élancer, parce que c'est quand même une distance assez longue et je voulais être sûr d'être armé pour ça. Jusque-là, j’avais couru des compétitions plus courtes, et pour moi, l’OCC, c’était déjà de l’ultra-trail. C’est quand même 60 km, plus de 3500 m de dénivelé, donc j'avais beaucoup de respect pour ce parcours. Je ne me sentais peut-être pas prêt à le faire tout de suite, et donc cela a pris plusieurs années avant que je passe le cap d’essayer de m’y frotter.

J’imagine que cette longue distance a impacté votre préparation et votre entraînement, et si oui comment avez-vous préparé l’échéance ?

Je suis venu habiter à Argentière, non loin de Chamonix, en mai 2026. J’étais en co-location, pour m’imprégner du terrain, du parcours. J’ai pu me préparer à fond pour cette course-là. L’an dernier, aux championnats du monde, la course était presque analogue, en termes de temps de course, à 20-30 minutes près. Donc je ne partais pas complètement dans l’inconnu, et j’ai pu appliquer une préparation quasi identique, avec un début de saison sur des courses skyrunning au printemps, une période estivale où je n’ai pas fait de compétitions, mais où je me suis entraîné spécifiquement pour l’OCC, avec des longues sorties en montagne, vraiment du spécifique, sur le parcours de l’OCC. Il y a des chemins que je connaissais vraiment par coeur, donc je pense que c'était une petite aide en plus.

Est-ce que vous avez senti le poids de la pancarte de Champion du monde peser dans votre dos ?

Je m'y suis fait. Sur chaque course que je fais, je suis souvent annoncé comme favori, comme le champion du monde en titre, donc j'y étais préparé, et cela ne m'a pas vraiment affecté.

Vous avez commencé le haut-niveau par la course d’orientation, puis vous êtes passé par le Skyrunning et le trail court. Ce succès sur l’OCC ouvre-t-il la porte à une nouvelle carrière sur ultra-trail ?

Peut-être pas une nouvelle carrière, mais ça serait une continuation logique. Ca confirme que je peux performer sur ces formats un peu plus longs. Je me rends bien compte que, désormais, sur des distances plus courtes, par exemple le circuit Golden Trail Series, j'ai de moins en moins de chances de batailler avec les meilleurs, alors que sur les distances allant de 45 à 60 km, j'arrive vraiment à bien gérer, à me donner au maximum et à tenir la distance. Il y a deux ou trois ans, ce n’était peut-être pas le cas.

Comment se sont passés les deux ou trois jours qui ont suivi votre OCC ? Avez-vous pu profiter de l'événement ?

Franchement, le fait d'habiter sur place, à bonne distance de Chamonix, c'est un bon compromis. Tous les soirs, j'ai pu dormir chez moi, donc ça, c'était cool, et le lendemain de ma course, j’ai pu répondre à diverses sollicitations. Le reste du week-end, c’était plus calme, et j'ai pu plus aller sur le parcours des autres courses, pour encourager notamment mes colocs sur la CCC, sous la pluie, dans la dernière montée. Ou suivre l’UTMB de chez moi.

Est-ce que ce sont des formats qui vous inspirent, ou est-ce que ça vous paraît inconcevable ?

C'est sûr que c'est inspirant, ça, il n'y a pas photo. Après, je pense qu'au niveau performance, c'est quand même bien différent. La gestion de course sur 20 heures, 24 heures, c’est très différent. C'est sûr que je ne pourrais pas partir comme une tête brulée à la première montée. Mais je pense qu'un jour, je m'y frotterai, j'aimerais bien essayer. Savoir si j’y serai performant, c’est une autre histoire. On ne peut pas le savoir tant qu’on n’a pas essayé, en fait. Pour l'instant, je ne veux pas me disperser.

Comment se dessine votre fin de saison 2026 ?

Je m'étais engagé sur la série mondiale de Skyrunning. Donc il me reste deux courses au programme, dont la finale en Espagne, le 7 novembre.

À quoi passerez-vous votre hiver ? Les traileurs se mettent de plus en plus au ski-alpinisme, est-ce votre cas ?

J’ai passé pas mal d’années en Scandinavie, et en Finlande notamment, lorsque j’étais orienteur, et j’y avais découvert le ski de fond. J’ai gardé cette habitude, en ajoutant un peu de ski de rando, mais pas trop car j’ai peur de me blesser. J’aime bien alterner les sports tout au long de l’année, avec aussi du VTT, du vélo de route, pendant la saison. Et deux séances de musculation par semaine en hiver.

Selon vous, que vous a apporté la course d’orientation dans votre approche du trail ?

Les athlètes de ma génération venaient quasiment tous d’un autre sport. Aujourd’hui, les jeunes se spécialisent très tôt en trail. Moi je viens de la course d’orientation et ça m’a formaté. En fait, cela fait plus de 20 ans que je suis un entraînement strict, structuré, sérieux. Et ce bagage m'aide aujourd'hui. La course d’orientation m’apporte aussi un vrai plus en termes de lecture de terrain, quand, parfois, il n’y a pas de trace très définie sur une crête ou sur un sommet. Elle m’aide aussi à choisir les meilleures trajectoires, ou à choisir la trace où ça court le mieux.