Interview de Ben Dupont, l’un des cofondateurs de Kotcha, l’application de coaching running développée par Eliud Kipchoge et Kilian Jornet

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Par Luc Beurnaux

Publié le mer. 21 octobre 2026

Mis à jour le mer. 21 octobre 2026

Interview de Ben Dupont, l’un des cofondateurs de Kotcha, l’application de coaching running développée par Eliud Kipchoge et Kilian Jornet
© Kotcha

Kotcha est apparue dans l’univers des applis de coaching running il y a un peu moins d’un an. Sa particularité ? Avoir été développée avec deux stars du running : la légende de marathon Eliud Kipchoge, et le GOAT du trail, Kilian Jornet, associés au capital de la société. Bien plus que de simples ambassadeurs, les deux champions participent activement au développement de l’appli, en partageant et adaptant avec le plus grand nombre leur philosophie de l’entraînement. Explications avec Ben Dupont, l’un des co-fondateurs de Kotcha.

Ben, racontez-nous votre parcours, jusqu’à cette appli de coaching Kotcha ?

J’ai un double diplôme l’ingénieur, dont un obtenu aux Etats-Unis. J’ai travaillé durant quinze ans dans le domaine de l’application mobile, aux sein de start-up, plutôt dans le domaine grand public. J’ai toujours eu envie de monter ma boîte. Après quinze ans à apprendre tous les mécanismes, j’ai senti que c’était le bon moment pour me lancer. Parallèlement, je suis un passionné de running, cela fait quinze ans que je cours. Donc j’ai relié mes deux passions et compétences, j’ai rencontré les bons investisseurs, de grands champions, et nous avons commencé à travaillé sur Kotcha fin 2024. Aujourd’hui, en moins d’un an d’existence, l’appli compte 150 000 téléchargements, 15 millions de kilomètres enregistrés, elle est présente dans 100 pays. Nous sommes très présents sur le continent américain, alors que la France représente moins de la moitié de l’activité.

L’un des argument phares de Kotcha, c’est de « réinventer le coaching Running » : qu’y-a-t-il derrière cette promesse ?

Il y a trois choses. La première, et c'est vraiment à l’origine du projet, c’est qu’avant d’avoir un produit à proposer, nous sommes allés rencontrer Eliud Kipchoge et Kilian Jornet, parce qu’ils ont un savoir-faire unique en matière d’entraînement. Nous avons disséqué avec eux et leurs équipes la façon dont ils s’entraînent, pour comprendre ce qui rendait ça si particulier et si performant. Nous, nous avions le savoir-faire technologique pour fabriquer une appli, c’est notre métier depuis quinze ans. Mais nous n’avions pas le savoir-faire au niveau du sportif. Donc nous avons uni notre savoir-faire technique à celui, unique, de ces champions, pour construire ensemble Kotcha, et mettre la méthodologie d’entraînement de ces immenses champions à disposition du plus grand nombre.

Après chaque semaine, tu recrées un plan d’entraînement en fonction de tes ressentis. Kotcha, c’est la seule application du marché qui permet ça.

Ben Dupont
Ben DupontCo-fondateur de Kotcha

La deuxième chose, c’est que Kotcha est la seule appli à ce jour à intégrer une IA générative. C’est la seule application où, après ton premier entraînement, tu peux parler à ton IA comme tu parlerais à ton coach, où tu donnes le ressenti de ta séance, et où, après chaque semaine, tu recrées un plan d’entraînement en fonction de ces ressentis. C’est la seule application du marché qui fait ça. Toutes les autres donnent un plan en sept, huit, seize semaines à l’avance, en piochant dans une bibliothèque de plans, après t’avoir posé 4-5 questions sur ton profil, tes objectifs, et ton background, et elles n’y retouchent plus ensuite.

Nous, le mot principal qui guide notre coaching, c’est : adaptation. Quand nous discutons avec les champions, on se rend compte qu’il ne se passe pas une semaine sans qu’ils n’ajustent leur plan, ou telle séance. Les autres applications sont complètement rigides. Nous avons voulu mettre cette adaptation au cœur du produit, grâce à l’IA.

Et la troisième chose, encore en lancement, concerne l’aspect collectif du coaching. Aucune application ne te permet aujourd’hui de t’entraîner avec tes amis, tes collègues, ta famille. Or la plupart des coureurs s’inscrivent a une course en groupe. Ca ne veut pas dire faire les mêmes séances, mais plutôt se motiver en vue d’un objectif commun, faire en sorte que même s’il pleut un jour, tu vas faire ta séance, car tu ne peux pas lâcher ton groupe d’entraînement. Notre but est de développer l’expérience sociale de l’entraînement. C’était au cœur de la façon de s’entraîner de Eliud Kipchoge, typiquement. Il était toujours avec d’autres athlètes, toujours en équipe. Nous avons une vision très claire de la façon dont nous allons mettre en place cet aspect dans l’appli, pour créer des mécaniques ultra motivantes pour les utilisateurs.

© Kotcha

J’imagine qu’il est vraiment délicat de se différencier de la concurrence, même au niveau de l’utilisation de l’IA, qui doit être quasiment généralisée désormais ?

Toutes les autres applis ont la même architecture, avec un catalogue de plans. Sur la base de 5 ou 6 questions qu’ils posent à l’utilisateur, ils choisissent le plan qu’ils considèrent le plus proche de ses besoins, parmi les 200 ou plus qu’ils ont en stock. Si au bout de deux semaines, l’utilisateur sur-performe par rapport à son plan parce qu’il s’était sous-estimé dans son questionnaire, ou à l’inverse, si le plan est trop dur pour lui, il ne peut pas corriger et adapter. Moi, mon dernier marathon, je l’ai préparé avec une appli. Au bout de trois semaines, j’ai écrit au support client en disant que le plan ne me convenait pas. Mais on ne pouvait rien faire pour moi. Il n’y a pas cette IA générative qui peut répondre à tes questions comme le ferait un coach. A ce jour, Kotcha est la seule appli à pourvoir faire ça. Pour les concurrents, pouvoir proposer ça implique de refaire toute l’architecture de l’appli, et pas seulement changer la déco, si l’on veut prendre une image…

Eliud Kipchoge et Kilian Jornet sont à la base de la construction du produit, avant d’en être de simples ambassadeurs. La plupart des marques qui ont des partenariats avec des athlètes arrivent avec un produit, et cherchent ensuite des ambassadeurs. Nous avons fait l’inverse.

Ben Dupont
Ben DupontCo-fondateur de Kotcha

Comment sont intervenus précisément Kilian Jornet et Eliud Kipchoge dans la conception de Kotcha ?

Déjà, ces deux athlètes sont co-fondateurs de la société, ils sont au capital, et ils sont là pour longtemps. Ils sont à la base de la construction du produit, avant d’en être à la représentation. Nous avons commencé à travailler sur ce projet fin 2024, et nous sommes allés rencontrer Eliud Kipchoge et les membres de son staff au Kenya début 2025. Nous n’avions rien de concret à leur montrer. Nous avons fait des groupes de travail hebdomadaires avec les coachs de Kipchoge, toutes les semaines, jusqu’au milieu de l’été. Et quand nous avons eu toutes les briques des principes d’entraînement de Kipchoge, nous avons construit le produit. La plupart des marques qui ont des partenariats avec des sportifs arrivent avec un produit, et cherchent ensuite des ambassadeurs. Nous avons fait l’inverse. Nous savions faire le produit technologique, mais nous avons voulu la meilleure expertise terrain pour le remplir et le proposer au plus grand nombre.

Avec Kilian Jornet, nous avons fonctionné de la même manière. En décembre 2025, nous sommes allé le rencontrer, avec son équipe. Nous lui avons dit que nous voulions être présent dans le trail, que nous savions faire pour la course sur route, et que nous voulions construire la même chose dans le trail, en utilisant son expertise.

Nous savons qu’il ne faut pas reproduire l’entraînement des Elite, quand on est un coureur amateur. Vous avez fait attention à ne pas véhiculer ce message ?

Oui, évidemment. Nous ne donnons pas le plan d’entraînement de Kilian Jornet, qui est inaccessible pour le commun des coureurs, mais nous mettons à disposition ses principes d’entraînement dans Kotcha. Et notamment cette notion d’adaptation, primordiale et omniprésente dans ses entraînements et son discours. C’est le maître mot de sa philosophie. Il a une capacité exceptionnelle à comprendre ce qu’il a fait de bien dans une semaine d’entraînement, ou ce qu’il a moins bien fait, là où il peut s’améliorer, se corriger, et comment il peut stimuler son corps via l’entraînement, pour l’adapter. Il répète ça à longueur de journée. C’est pour cela que Kotcha propose des plans qui sont ajustés semaine après semaine.

Nous avons échangé avec Kilian récemment, car nos utilisateurs Trail avaient fini leur premier cycle d’entraînement. Nous avons fait un premier bilan des problèmes rencontrés par nos membres, ce qu’il appréciaient aussi, ce qu’ils demandaient, et avons trouvé les solutions pour répondre à leurs attentes. Nous travaillons vraiment en direct avec Kilian, car il se coache lui-même. Et semaine après semaine, nous cherchons à comprendre comment le corps de chacun réagit, peut être qu’untel a besoin de travailler l’endurance, qu’un autre a besoin de travailler la descente, ou la vitesse sur route, pour comprendre les points faibles et forts de chacun, et adapter l’entraînement.

Parlez-nous de cette dimension collective de l’entraînement que vous voulez proposer. En quoi cela consistera précisément ?

Quand tu vas dans un club, il y a un coach qui s’occupe de 15 athlètes. Pourtant, aucun n’a le même objectif de course, ni le même niveau. Mais ils viennent s’entraîner ensemble, avec un coach qui individualise les séances. Ils courent ensemble, car c’est un levier de motivation incroyable, et tu ne peux pas laisser tomber ton groupe, une fois que la mécanique est enclenchée. C’est cela que nous voulons reproduire dans Kotcha. Faire que tous les jours d’entraînement, nous ayons des mécaniques de motivation, d’objectifs partagés, de comparaison d’entraînement, d’encouragements, qui font que le jour où il pleut, tu vas quand même faire ta séance. Dans l’entraînement, il y a un côté addictif, mais même chez les champions, il y a des jours où tu as moins envie d’y aller. Et la notion de groupe, comme chez Eliud Kipchoge, est primordiale. C’est cela que nous voulons faire ressortir. Cela nous semble un levier de dépassement de soi ultra positif. Aucun de nos concurrents ne propose cela, et c’est hyper excitant de pouvoir le faire, nous, car nous le proposons dans d’autres domaines que le sport depuis quinze ans.