Interview de Ben Dhiman avant l'UTMB 2026 : « Maintenant, je sais que je peux le faire ! »
Il est le plus Français des traileurs américains. Après deux abandons en 2023 et 2024, Ben Dhiman a vaincu sa malédiction de l’UTMB l’an dernier, en terminant deuxième de l’épreuve derrière Tom Evans. Ce qui en fait un favori logique, un an plus tard. Mû par une détermination sans faille et une polyvalence technique qui sied parfaitement aux qualités requises pour réussir sur l’UTMB, le traileur d'ASICS, installé dans les Pyrénées, a fait le point sur son actualité à une dizaine de jours du grand départ, le vendredi 28 août à 17h45.
Ben, vous avez terminé deuxième l’an dernier derrière votre équipier Tom Evans. Qu’est-ce que vous a apporté ce résultat, à l’heure d’un nouveau départ sur l’UTMB 2026 ?
L’UTMB a un côté magique, c’est une course où toutes tes compétences vont être testées. Il faut checker toutes les cases avant la course, pour y réussir le jour J. C’est-à-dire checker tes capacités, mais aussi ton plan de course, comment tu vas exécuter ce plan, comment tu vas gérer la pression. La deuxième place de l’an dernier m’a apporté une vraie confiance en mes capacités. Maintenant, je sais que je sais faire… En plus, je suis quelqu’un de très « focus » et de déterminé. Quand j’ai quelque chose en tête, je ne lâche pas, jusqu’à ce que je sois parvenu à mon objectif. Et cet objectif, c’est de gagner l’UTMB. Il faudra juste essayer d’être un peu plus rapide que l’an dernier, et ça devrait aller.
Vous avez terminé deuxième du 90 km du Mont Blanc fin juin. Quels enseignements avez-vous pu tirer de ce résultat en vue de l’UTMB, sur un terrain assez analogue à ce que vous allez courir dans quelques jours ?
Ce résultat m’a prouvé que j’étais en forme, et que l'entrainement fonctionnait. J'ai utilisé cette course comme une course de préparation et je n’avais pas l’intention de performer au maximum ce jour-là. J’avais fait beaucoup de volume avant, donc j’ai été satisfait du résultat, et cela m’a donné confiance pour plonger ensuite dans le bloc de l'UTMB.
Cette année, j’ai travaillé sur ma « durabilité », pour être plus résistant à la fatigue, notamment en fin de course.
Comment s'est passée la fin de votre préparation pour l’UTMB, et sur quoi avez-vous mis l'accent sur ces dernières semaines ?
Sur la fin de ce bloc pré-UTMB, l’intention était de maintenir un volume de course très élevé, soit environ 25 heures par semaine en moyenne, sur 6 semaines consécutives. Ca correspond à environ 200 km par semaine et un dénivelé supérieur à 10 000 m chaque semaine, ça fait une lourde charge, et à la fin de ce bloc, tu ne sais pas trop si le corps va bien réagir, mais à ce stade, je trouve que j'ai assez bien assimilé cette charge de travail, et maintenant c'est place à plus de repos avant la course mais je ne suis pas très fatigué en fait, même si j'ai fait beaucoup de volume. J'ai été très prudent avec les intensités, je n'en ai pas trop fait, donc je suis plutôt satisfait de cette fin de préparation.
On a remarqué que vous aviez fait plus de 100 heures d’entraînement en juillet, alors que l'an dernier vous n'aviez pas dépassé les 60 heures, pourquoi cette différence ?
La différence de volume entre 2026 et 2025 s’explique par le fait que l'année dernière, j’ai craqué sur le dernier tiers de course donc cette année, j’ai travaillé sur ma « durabilité », et l’objectif c’est donc d'être plus résistant à la fatigue, notamment en fin de course.
Est-ce un atout de vivre dans les Pyrénées et de s'y entraîner avant l'UTMB, et ainsi d'être loin des Alpes, et de la pression de la course qui monte au fil des jours ?
Pour moi, ce choix de rester dans les Pyrénées n’est pas lié à la performance sur l’UTMB. Je préfère simplement rester avec ma famille le plus de temps possible. C'est très important le côté famille pour moi, et j'ai de la chance parce que les Pyrénées sont idéals au niveau de l’entrainement : c'est raide, c'est technique, il fait plus chaud que dans les Alpes, donc c'est un atout à ce niveau-là, et aussi un niveau du stress, qui est moindre qu’à Chamonix ou sa région…. Mais c’est important de clôturer ma préparation dans les Alpes les derniers jours, car je peux y faire les dernières petites adaptations, qui peuvent faire la différence le jour de la course.
Avec ces gros volumes, ne craignez-vous pas la blessure, à l’image de ce qu’ont vécu Jim Walmlsey, Kilian Jornet, Tom Evans, Mathieu Blanchard, ou d’autres ?
Je pense que mon corps aime bien « borner », et s’est habitué à ce rythme. Donc je ne réfléchis pas trop au risque de blessure, en fait. Cette année, j'ai fait plus de volume que jamais dans ma carrière, et je suis physiquement en meilleure forme que l'année dernière. Même si j’ai fait davantage, je me sens mieux. Je pense que c'est plus l'équilibre entre les intensités, le volume et la récupération qui importe. C’est une de mes forces que de rester en bonne forme et de ne pas me blesser, malgré beaucoup de volume. Mon corps résiste bien pour l'instant.
Cette année, j'ai fait plus de volume que jamais dans ma carrière, et je me sens en meilleure forme que l'année dernière
Vous allez courir pour la première fois aux cotés de Kilian Jornet, perçu comme le GOAT de la discipline. Est-ce que c'est un moment que vous attendez particulièrement, ou peu importe qui est sur votre chemin ?
Je ne veux pas trop penser aux autres coureurs parce que finalement, c'est 20 heures d'effort, et il faut juste se concentrer sur soi-même. Mais c’est très cool qu’il y ait Kilian, ça représente vraiment quelque chose de possiblement très beau pour moi de me confronter à Kilian, dans cet environnement…
Le premier et le seul Américain à ce jour à avoir remporté l'UTMB, c'est Jim Walmsley, en 2023. Est-ce que c’est quelqu’un que vous connaissez bien ?
Non, je ne connais pas trop Jim. On n'a pas de relations particulières, donc j'ai hâte de discuter avec lui cette année pendant la course !