Le “marathon” des moines du mont Hiei et ses mille jours de marche
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Le “marathon” des moines du mont Hiei et ses mille jours de marche

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Par Charles-Emmanuel Pean

Publié le jeu. 22 octobre 2026

Mis à jour le ven. 23 octobre 2026

Sur les hauteurs du mont Hiei, au Japon, des moines bouddhistes consacrent plusieurs années à une pratique ascétique qui associe marche, prières et privations. Le kaihōgyō, présenté en Occident comme le marathon des moines, est une pratique du bouddhisme Tendai qui emmène les moines dans un parcours extrêmement exigeant de 1000 jours.

Mille jours de marche, des sorties quotidiennes pouvant dépasser plusieurs dizaines de kilomètres, des sentiers escarpés, des départs au milieu de la nuit et une discipline de fer qui s’étend sur sept années : le kaihōgyō possède tous les ingrédients d’un récit d’endurance moderne. Pourtant la vocation des hommes qui traversent ses épreuves n’est pas de repousser des limites physiques ou sportives mais bien spirituelles. On les surnomme les « moines marathoniens » au Japon. Le kaihōgyō est une forme d’ascèse du bouddhisme Tendai, le bouddhisme dans sa version japonaise. Le moine, appelé gyōja, parcourt un itinéraire sacré en s’arrêtant devant des temples, des sanctuaires, des arbres, des sources ou des lieux de mémoire pour y accomplir des gestes rituels et réciter des prières. Pour comprendre cette tradition, il faut revenir à l’histoire d’une montagne.

Le mont Hiei, théâtre de l’ascèse

L’histoire du kaihōgyō est liée à celle du mont Hiei, situé au nord-est de l’ancienne capitale impériale, Kyoto. Le monastère d’Enryaku-ji est le principal centre du bouddhisme Tendai au Japon. Cette école, fondée au début du IXe siècle par Saichō accorde une place importante à la méditation, à l’étude des textes et aux pratiques ascétiques. Le mont devient progressivement au fil des siècles un lieu majeur de formation religieuse. Dans cette tradition, l’effort physique n’est pas une fin en soi mais représente une discipline destinée à transformer le pratiquant. La marche constitue elle-même une pratique religieuse. Entre le XIIe et le XIVe siècle, les pèlerinages s’organisent autour des trois pagodes du mont Hiei, avant de s’étendre plus largement à l’ensemble de la montagne. À partir de la fin du XVIe siècle, la pratique se structure autour du circuit qui reste au cœur du kaihōgyō contemporain.

En 1571, l’armée japonaise fait détruire le complexe d’Enryaku-ji pour lutter contre l’influence des religieux. La destruction entraîne la disparition de nombreux documents mais la tradition se poursuit néanmoins. Au fil des siècles, le kaihōgyō se maintient comme une pratique exigeante, transmise au sein de lignées monastiques. Le moine Sakai Yūsai, né en 1926, est devenu l’une des figures les plus connues de la pratique contemporaine, ayant notamment accompli deux cycles de mille jours. En 1995, il avait rencontré le Pape Jean Paul II. De nombreux documents viennent détailler la vie menée par ceux qui en ont fait le choix. Le rapport à la souffrance et au sacrifice est central. Et comme souvent au Japon, l’échec n’est pas envisageable, ou alors au prix d’un hara-kiri, en tout cas dans les récits populaires… Dans la pensée Tendai, les prières des moines sont tournées vers les arbres, les rochers, les sources, vers le monde naturel. L’ascèse est conçue comme une pratique de bodhisattva, qui cherche le bien des êtres. Le kaihōgyō ne propose évidemment ni ligne d’arrivée sportive ni victoire sur un adversaire.

Mille jours, sept années et des milliers de kilomètres

On se lance dans les chiffres de cette ascèse religieuse plus que exigeante. Le chiffre le plus connu du kaihōgyō est celui de ses mille journées de marche. Dans sa forme la plus exigeante, cette épreuve se déroule selon un programme traditionnel réparti sur sept ans. Le calendrier alterne des périodes de cent et de deux cents jours, tandis que la distance quotidienne augmente au fil de la progression. La difficulté réside dans la répétition et l’engagement dans la durée. La tradition prévoit cent jours de marche au cours de chacune des trois premières années, puis deux cents jours par an pendant les quatrième et cinquième années. La sixième année comporte cent journées sur un parcours plus long, avant une septième année qui comprend une nouvelle phase de marche étendue autour du mont Hiei et de Kyoto, puis cent journées supplémentaires sur le circuit montagnard. Le parcours initial est généralement annoncé autour de 30 kilomètres par jour. La sixième année, la distance quotidienne approche les 60 kilomètres, voire plus… Le total cumulé est considérable. Certaines estimations diffusées dans la littérature consacrée aux moines marathoniens avancent plus de 30 000 kilomètres.

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La tenue traditionnelle d'un moine "marathonien"

La chercheuse Catherine Ludvik, qui a étudié l’histoire religieuse du japon, recensait en 2006 49 accomplissements du cycle des mille jours depuis 1585, date à partir de laquelle la documentation est devenue plus abondante. La difficulté ne se limite pas à la marche, vous vous en doutez bien. Au terme d’environ sept cents jours, le programme prévoit une retraite appelée dōiri, au cours de laquelle le moine reste neuf jours dans un temple, sans manger, boire ni dormir, tout en récitant des textes et des mantras. Il existe toutefois une dimension collective que cette image du moine solitaire tend à effacer. Si le moine effectue seul une grande partie de sa pratique, elle repose aussi sur le soutien de nombreuses personnes tout au long des différents parcours, qu’ils soient des fidèles, des guides et de simples accompagnateurs.

Lors des parcours qui traversent Kyoto, des membres de confréries laïques participent à son encadrement. Cette aide n’est pas un détail : elle rappelle que l’ascèse entretient un lien avec une communauté.

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