Des blessures au record de la Western States, l'itinéraire singulier de Jennifer Lichter
Le 27 juin 2026, Jennifer Lichter a remporté la Western States 100 en 15h28’06, établissant un nouveau record féminin pour sa première course de 100 miles. À 30 ans, l'Américaine a effacé une marque de Courtney Dauwalter datant de 2023. Une incroyable performance qui survient après une enfance marquée par la violence.
Cette année, à Auburn aux États-Unis, Jenn Lichter a repoussé les limites de la discipline trail. Pour sa première participation à la mythique Western States 100, également son premier 100 miles (160 kilomètres) en compétition, l'Américaine a parcouru les 161 kilomètres séparant Olympic Valley (Californie) de l'arrivée en 15h28’06. Et pour une poignée de secondes, 88 exactement, elle détient désormais le record sur l’épreuve au dépens de sa compatriote Courtney Dauwalter, monument de la discipline (deux victoires sur la Western 100 en 2018 et 2023, trois victoires à l’UTMB en 2019, 2021 et 2023, quatre victoires sur la Hardrock 100 en 2022, 2023, 2024 et 2026). Le palmarès de Dauwalter est long comme le bras et permet de mesurer la performance réalisée par Jennifer Lichter cette année. D’autant que le parcours de vie de Jenn n’a pas été simple, loin de là.
Le record
Créée en 1974, la Western States, qui traverse la Sierra Nevada, s’est imposée comme une course référence de l'ultra-trail mondial. Son parcours est une succession de difficultés : passages en altitude, longues descentes, canyons exposés, chaleur… Les pièges sont nombreux et les erreurs sont fatales sportivement. Le parcours affiche environ 5500 mètres de dénivelé positif. Cette année, la météo a été plutôt clémente, avec des températures inférieures à celles que les concurrents rencontrent habituellement. Sept des dix meilleurs temps féminins de l'histoire de la Western States ont été réalisés lors de cette édition… Cela n’enlève rien à la performance de Jennifer Lichter qui avait de la concurrence sur la ligne de départ et une légende vivante à aller chercher. Elle est arrivée sur cette épreuve avec de solides certitudes, ayant obtenu sa qualification pour la Western States en remportant le Black Canyon 100K (Arizona) en février.
Mais passer d'un 100 kilomètres à une course de 100 miles ne représente pas une petite différence et Jennifer Lichter a réussi l’exploit. L’américaine s'est appuyée sur une stratégie mesurée, marchant notamment dans les portions les plus raides pour préserver ses jambes. Lichter a couru avec patience avant de prendre l'avantage dans le secteur de Devil's Thumb, puis de creuser l'écart avec ses concurrentes dans la seconde moitié du parcours. Au ravitaillement de Green Gate, alors que des douleurs aux pieds l'avaient conduite à changer de chaussures, elle a commencé à accélérer. Son compagnon, Nick Cornell, lui a appris à environ un mile de l'arrivée qu'elle était en avance sur le record. Et sa fin de course a montré qu'elle disposait encore des ressources nécessaires pour accélérer après plus de 150 kilomètres. Jennifer Lichter l'a effacé dès sa première tentative, dans une édition également marquée par le record masculin du Français Vincent Bouillard, en 13h46’15. Avec un temps de 15h28’06, elle améliore de 88 secondes le record établi par Courtney Dauwalter en 2023. Riley Brady a terminé deuxième en 15h42’14, devant la Canadienne Marianne Hogan, troisième en 15h51’44.
Une enfance marquée par la violence et la précarité
Née à Bogotá (Colombie) en 1996, Jennifer Lichter a connu une enfance marquée par la violence des cartels colombiens. Alors qu’elle n’a pas encore deux ans, son père est tué par balle et sa mère l’abandonne dans ce contexte horrifique. Elle, sa sœur cadette Kim et son grand frère Harold vivent dans la rue avant d'être placés dans un orphelinat. Plusieurs années plus tard, les trois enfants seront adoptés par une famille américaine du Wisconsin. C’est au collège que Jennifer Lichter rencontre le cross-country mais quelque chose la ronge. Diagnostiquée anorexique à 12 ans, elle connaît plusieurs séjours en centre de soins lors de son adolescence.
À l'université, elle poursuit la compétition mais développe un syndrome de déficit énergétique, les apports énergétiques ne couvrant pas les besoins de l'organisme. La course à pied est alors difficilement soutenable, elle arrête la pratique après l'université. C’est suite à un déménagement dans le Montana dans le grand ouest américain qu’elle retrouve un équilibre. Elle devient guide de randonnée et rencontre Nick Cornell, également guide. C’est lui qui l’accompagnait durant son exploit de la Western States cette année. Leurs sorties sur les sentiers ont progressivement ramené la course à pied dans le quotidien de Jennifer Lichter. En 2021, premier marqueur sportif de son retour : elle participe au 50 kilomètres de The Rut, à Big Sky, où elle réalise le troisième meilleur temps de l'histoire du parcours. Les victoires se sont ensuite accumulées, notamment à The Rut, Broken Arrow, Speedgoat et Gorge Waterfalls.
Son record vient récompenser son abnégation et son travail, mais nul doute que Jennifer Lichter saura faire la part des choses dans ses objectifs futurs entre exigence personnelle et injonction de performance. Avec un témoignage plus que puissant sur la nécessité de prendre soin de soi en priorité. Le reste vient en courant.
Plus d'articles
Le “marathon” des moines du mont Hiei et ses mille jours de marche
Découvrez le kaihōgyō, l’ascèse des moines du mont Hiei qui mêle marche, prières et privations durant mille jours et sept années.
jeu. 22 octobre 2026
Gordy Ainsleigh, l’homme au galop
Retour sur l’exploit de Gordy Ainsleigh, pionnier de la Western States après avoir bouclé la Tevis Cup à pied en 23h42.
jeu. 24 septembre 2026
L’enquête « Compétiteurs Running » de la FFA confirme l’explosion du trail en France
L’enquête FFA « Compétiteurs Running » confirme l’essor fulgurant du trail en France, porté par un engouement inédit et de nouveaux profils.
lun. 24 août 2026