Julie Garnier, l’ultra-trail en toute humilité
Julie Garnier, 28 ans, a terminé cinquième du Nice Côte d’Azur by UTMB en septembre dernier, sur le format 100 km, pour sa première sortie sur ultra trail. Forgée à la piste et à la course sur route, l'athlète créatrice de contenus semble désormais pleinement engagée sur la voie du trail, en toute simplicité, et humilité. Portrait d’une touche-à-tout à succès, qui milite pour une pratique du running raisonnée et progressive.
Un besoin de lâcher le chrono. Voilà comment Julie Garnier, élevée à la piste, au cross et parvenue jusqu’à la course sur route, explique désormais son attirance pour le trail. Passée sous la barre des trois heures sur marathon (2h56’49 à Londres), affichant un record à 36’57 sur 10 kilomètres, la jeune femme, qui court depuis l’âge de 13 ans, vise désormais d’autres horizons, plus sauvages, sur les sentiers du trail.
En trail, je ne regarde plus mon allure. Il n'y a plus cet impératif de tenir tel tempo sur telle distance, comme on le fait sur marathon ou 10 kilomètres. Tu cours juste pour le plaisir, pour profiter des paysages.
Dotée d’une vraie culture course à pied forgée dès son plus jeune âge, la jeune fille, devenue également créatrice de contenus à succès, a terminé en septembre dernier son premier 100 km sur le Nice Côte d’Azur By UTMB (113 km et 5400 m D+) bouclé à la cinquième place.
Une orientation de carrière qui répond à un besoin, comme l’explique l’intéressée. « En trail, je ne regarde plus mon allure. Il n'y a plus cet impératif de tenir tel tempo sur telle distance, comme on le fait sur marathon ou 10 kilomètres. Tu cours juste pour le plaisir, pour profiter des paysages. Après, il y a d’autres contraintes, comme gérer une multitude d’incertitudes, liées au terrain, à la nutrition, à la météo… Ce sont des choses qu'on ne peut pas contrôler à l'avance, et donc ça enlève un peu de pression avant le jour J. »
Progressivité et sagesse dans le choix des distances
Pour Julie, l’adaptation à ce nouveau terrain de jeu s’est faite sur un mode qu’elle prône quelle que soit la discipline qu’elle pratique, et qu’elle distille à ses milliers de followers : la progressivité et la sagesse dans le choix des distances. Même si elle compte déjà près de 15 ans d’expérience en course à pied, et donc un foncier à toute épreuve, Julie a débuté par les distances courtes du trail, d’une vingtaine de kilomètres, pour monter ensuite sur des trails de 40 ou 50 km. « Avant de me mettre sérieusement au trail, je courais déjà beaucoup en nature. J’étais donc habituée au terrain. Par contre, j’ai dû adapter ma nutrition, par rapport à ce que je connaissais de la route. En trail, il faut apprendre à manger beaucoup plus pendant l’effort, et introduire cette routine à l’entraînement ».
Certaines séances de côtes ou certaines distances courtes sur trail permettent de s’approcher des sensations ressenties lors de séries sur piste.
Côté entraînement, justement, Julie a dû également adapter son programme à ses nouvelles amours. « Ça doit faire plus d'un an que je n’ai pas mis un pied sur la piste, sourit-elle. Mes entraînements sont un peu différents, je fais davantage de travail de côte et de descente, et je place quelques petits stages en montagne pour me retrouver dans un environnement proche de ce que je vais connaître en compétition », explique celle qui habite désormais près de Marseille.
Les séances de piste ne lui manquent pas, pour l’instant. Elle a trouvé d’autres moyens de se mettre dans le rouge. « Je vous assure que certaines séances de côtes ou certaines distances courtes sur trail permettent de s’approcher des sensations des séries sur piste », assure celle qui glisse toujours quelques séances au seuil ou de VMA dans son planning. Les basiques ne s’oublient pas.
Une approche maîtrisée qui l’a portée vers l’Ultra
La réussite aidant (victoires sur le Trail de Haute-Provence 30K 2026, sur l’UT4M 40 Chartreuse 2026, troisième sur les Balcons du Ventoux 2026, septième sur la SaintExpress 2025, deux top 10 sur la MCC 2025 et 2026), Julie a logiquement poussé le curseur vers l’ultra-trail, avec des résultats probants d’entrée de jeu, comme cette cinquième place à Nice pour son premier 100 kilomètres.
Elle avait préparé cette échéance en enchaînant notamment trois courses de l’évènement 6000D au cœur de l’été : la 6D Crêtes (21 km et 1 300 m D+), qu’elle termine à la huitième place, ouvre ce triptyque, suivie dès le lendemain par la 6D Lacs (25 km et 1 500 m D+), dont elle prend la cinquième place. Le troisième jour, elle boucle la 6D Marathon (44 km et 2 700 m D+) au quinzième rang. Une séquence de trois courses idéalement placée dans sa préparation, avant de confirmer son état de forme à Nice, où elle décroche la cinquième place sur son premier ultra de plus de 100 km.
Une première réussite sur 100 km
« Je suis évidemment super contente de ce résultat, parce que tout s’est vraiment super bien passé, malgré des hauts et des bas, indissociables de l’ultra. Mais pas au point de ne pas pouvoir aller au bout. Je pense que l’expérience accumulée sur des formats inférieurs de 40 km, 50 km ou 70 km m’a servi pour me forger un mental en vue de ce premier 100 km. L’an dernier, j’avais vécu un calvaire sur le Trail du Petit Saint Bernard, de 70 km et 4000 m D+. Ça reste l’une des pires courses de ma vie, où j'ai vraiment pris un énorme mur, où j’ai énormément souffert, avec des passages dans la neige, notamment. C’était très compliqué, mais j’avais terminé, à la cinquième place, et en arrivant sur ce 100 km à Nice, je me suis souvenu de cette expérience, et me suis dit que je ne pouvais pas vivre pire, et j’ai relativisé ».
Une progression ralentie par le syndrome RED-S
Cette cinquième place sur la course niçoise de niveau international ne va pas lui faire perdre les pédales pour autant. Si le 100 miles reste, à terme, un format qu’elle vise logiquement, elle restera fidèle à sa philosophie, ajoutant pierre après pierre à sa construction de carrière. « Je veux prendre le temps de voir venir le 100 miles. J’ai attendu de maîtriser les formats maratrail avant de passer sur 100 km, et je pense suivre le même schéma avant de m’attaquer au 100 miles, à savoir répéter l’expérience sur 80, 90, 100, 110 km avant de faire le grand saut vers le 100 miles ».
Car Julie connaît les risques d’aller plus vite que la musique, de solliciter trop son corps, pour avoir déjà vécu de longues périodes de blessure. Comme beaucoup de traileuses, Julie a en effet connu les affres du RED-S, ce syndrome de déficit énergétique, qui l’a handicapée un certain temps. « Ça m’a appris à mieux gérer mon alimentation, et surtout à me nourrir davantage. Pour le coup, je n’avais pas de troubles du comportement alimentaire, je ne cherchais pas à perdre du poids, ce déficit énergétique se créait vraiment de façon inconsciente, avec des conséquences sur mon physique, avec des périostites et des douleurs qui ont entraîné plusieurs mois d’arrêt », raconte la jeune femme. « Et depuis que j'ai changé mon alimentation, je n’ai plus jamais eu de blessures, même si je croise les doigts ».
Sensibiliser sa communauté à la nécessité de prendre son temps
C’est ce message de sagesse qu’elle veut faire suivre auprès de ceux et celles qui la suivent sur les réseaux sociaux, plus que de glorifier ses exploits : « Je pense que c’est important de prendre son temps et d’adopter une pratique progressive dans sa pratique, insiste Julie. Aujourd'hui, on voit des débutants s’aligner sur un Ultra au bout de quelques mois de pratique. C’est un format en plein essor, mais pour l'instant nous n'avons pas trop de recul sur les conséquences physiques, physiologiques, psychologiques de telles distances. On constate qu’il y a déjà de nombreux blessés, et je pense que cela ne va pas aller en s’améliorant dans les prochaines années ». Alors Julie se sert de ses réseaux pour distiller cette bonne parole à sa communauté. En toute simplicité et humilité, et pour le bien du plus grand nombre.